2.
Encore une de ces journées fraîches et brumeuses de septembre. Assise à la table du Palais des Glaces au croisement de la Rue Grande et de la ruelle, c’est à Fontainebleau qu’elle a choisi de s’exiler pour fuir cette rentrée des classes. Quel crève cœur, aujourd’hui sa petite dernière, Lauriane, a fait sa rentrée. Les larmes aux yeux, elle a du la laisser partir pour jouer avec les autres enfants. Pas d’inquiétude à la récréation, elle retrouvera son frère, de 2 ans son aîné. Ils iront manger ensemble à la cantine et auront même oublier qu’ils ont une mère. Elle avait tellement hâte, à trois ans, avec sa mine boudeuse et son regard d’ange, elle avait déjà séduit toute l’assemblée alors même que sa mère n’avait pas franchi le pas de la porte. Voilà la petite routine qui s’était installée entre elle et ses deux enfants prenait fin aujourd’hui, ils allaient grandir, s’affirmer et lui dire un jour, qu’ils n’avaient plus besoin d’elle, qu’elle les empêcher de vivre…. Non, elle n’y était pas encore, il fallait se ressaisir, il y avait encore tant de moments à vivre et à partager. Elle pourrait reprendre ses études, quelle blague, cela faisait à peine 3 ans qu’elle avait quittée son poste d’enseignante de lettres, elle n’avait qu’à appeler le directeur de Blanche de Castille et la voilà repartie…. Elle devait se reprendre. Ne plus penser à son bébé, à ses bébés. Et si elle proposé à Henri d’en avoir d’autres. Henri, toujours aussi séduisant, avec son charme latin, ses yeux noirs et rieurs, ses cheveux noirs, son 1m75 toujours athlétique. Tout était ténébreux en lui sauf son caractère. Prévisible, raisonnable, sur de lui. Un père de famille accompli, un homme prévenant et attentif. Un homme absent…. Il allait falloir qu’elle se trouve des occupations saines et très prenantes. « Bon sang je n’ai que 28 ans… Il faut que je me ressaisisse. Banque, poste, pharmacie, épicerie… Est-ce qu’il y vende des amants ? Heureusement que Sébastien ne m’entend pas… »
- A qui est destiné ce beau sourire et ses yeux pétillants ?
Interloquée, elle le regarde en coin. Beau garçon. Dommage elle n’est pas disponible.
- Pas à vous.
- Eh bien, voilà une entrée en matière bien cavalière.
- Je suis mariée à un éternel absent, mère de deux adorables enfants surtout quand ils ne sont pas avec moi, et je viens d’abandonner ma petite dernière à une bande de vieilles femmes aigries par des années de dur labeur…
- Et c’est ça qui vous fait sourire ? Quelle perversion !
- Laissez tomber le plan drague, je ne suis pas d’humeur… s’exclame-t-elle, le regard excédé. L’incurvation de sa lèvre dément son antipathie. Le jeu est lancé, l’épicier a peut être tenu sa promesse, finalement…
Quelques pensées