L'Effet d'Hiver

En Quelques Mots

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Quelques pensées

Samedi 4 juillet 2009

1.

 

 

« Maman, rappelle-moi pourquoi j’ai voulu venir ici ? »

En cette matinée, du 2 septembre 1993, parents et élèves avancent en rang pour aller chercher les « paquetages ». Grisaille et vent sont au rendez-vous. Comme pour marquer cette nouvelle rentrée scolaire, les arbres se parent déjà de leur couleur de feu. Les bruns et les ocres sont devenus fantomatiques à cause de la brume née du Loir qui s’écoule lentement quelques mètres plus bas. La Sarthe a revêtue ses couleurs d’automne pour accueillir les enfants de la Patrie, les enfants des hommes et des femmes qui sont loin de leur famille et qui, dans l’ombre, oeuvrent pour un monde meilleur. Un jeune homme de haute stature, brun, digne d’une photo pour le recrutement militaire, nous accueille un sourire aux lèvres. Il semble vouloir rassurer les parents mal à l’aise à l’idée de laisser leurs enfants et semble vouloir encourager les enfants récalcitrants. Il n’a guère plus d’un an ou deux de plus que moi. Il porte une tenue militaire ou plutôt imitation militaire : treillis vert kaki, rangers noires bien cirée, tête nu et coupe courte, à son épaule, une bande de couleur parée de nombre d’ornements ésotériques nous rappelle qu’il est là depuis suffisamment longtemps pour connaître son affaire, malgré son jeune âge.

Je regarde autour de moi. Nous semblons tous être pris de cours par cette entrée en matière. Il faut bien avouer qu’après la cérémonie d’accueil à laquelle nous avons assistée dans la « Cour Carrée » au sein même des bâtiments majestueux du quartier Henri IV, l’entrée au Quartier Gallieni, même agrémenté par la stèle de Descartes fait pale figure.  Nous nous sommes garés au pied du drapeau français et nous voilà à nouveau tous réunis en bas du plus haut bâtiment de cette « caserne », celui qui cache le quartier aux regards indiscrets des civils. Il s’agit du dortoir des filles, qui comprend également la lingerie, l’aumônerie (lieu de culte), les bureaux des officiers de la 3e compagnie et quelques chambres de professeur.

« Maman, pourquoi j’ai insisté ? 

- Ah, maintenant que tu es entrée dans la 4e dimension, tu vas moins rigoler, s’esclaffe mon insupportable petit frère. »

Pourquoi ? Pour vivre une aventure exaltante loin du joug parental. Voilà la belle aventure, treillis, rangers, lever aux aurores pour se préparer à des journées de cours de 8 heures dans des salles de classe lugubres avec des enseignants taciturnes, des week-ends loin de cette famille qui déjà me manque.

« Tu sais que tu peux rentrer quand tu le souhaites, me rassure maman. C’est toi qui as insisté pour passer ce concours, pour être loin de nous. Tes soeurs sont venues ici, et si tu choisis de revenir, nous te reprendrons. Laisse à cette école une chance de te séduire. 

- Tu as raison, après tout, il ne fait que gris et froid. Les gens ici ont l’air, l’air….

- Accueillant ?

- Ils ressemblent à la famille Adams en plus nombreux…, exulte le petit chenapan.

- Je n’irai pas jusque là, disons, supportables. »

Elle me sourit. Elle sait déjà que je vais adorer, et que quand les vacances viendront, c’est à reculons que je rentrerais à la maison. Maman me connaît si bien. Nous entrons enfin dans le bâtiment.

« Bienvenue, dans notre cher « Bahut », ici, tout le monde se ressemble. C’est par l’honneur, le courage et le savoir que l’on se distingue. Descartes a dit : « J’ai intégré un jour la plus grande école de France : une institution. » (J’apprendrais par la suite qu’il disait aussi ne rien y avoir appris…). Alors, sans regret, il faut ranger ses affaires « pecks »….

- Pecks ? demande-je, en le regardant comme s’il venait d’une autre planète.

- Pardon, civiles, ici, nous avons un langage bien à nous et nous oublions toujours que les nouvelles recrues ne sont pas familiarisées avec notre jargon. »

Et tout sourire, il me tend un sac vert kaki surmonté de rangers noires bien cirées et m’indiquant que tout ce dont j’aurai besoin en vêtements dans l’année à venir se trouve à l’intérieur.

« Sans blague ?

- Ici, pas de maquillage, pas de cheveux qui touchent le col, les treillis doivent être impeccables, pas de boutons manquants, ….

- Boutons manquants ?

- Oui, fait-il en ayant le bon goût de rougir un peu, vous comprendrez vite qu’un nécessaire de couture est très utile en première année. Vous serez le matricule 1286D, de la 5e section, 5e compagnie. Rendez-vous à 14h, habillée et prête pour le 1e débriefing dans la cours de l’Epsilon. Sans parents, bien sur… 

- La cour de l’Epsilon ?

- Tu ne peux pas te tromper, elle parle tout le temps…..

Nous nous éloignons, affaire en main et regagnons l’entrée afin de découvrir dans quelle geôle je suis logée.

Par E_Fee_Mer - Publié dans : Essai en roman - Communauté : le rêve, l'art et l'écriture..
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